Île était une fois Taprobane

Posée sur la mer à quelques dizaines de mètres de la plage, l'île de Taprobane fait partie des symboles les plus célèbres du Sri Lanka avec Sigiriya et les pêcheurs sur perche de Weligama. Cette île serait sans doute restée dans l’anonymat le plus complet si l’improbable comte français Mauny Talvande n’avait un jour jeté son dévolu dessus. Flash-back.

Le fabuleux destin d'un comte français

Né en 1866 au Mans dans une famille de classe moyenne, Maurice Talvande, autoproclamé comte de Mauny Talvande est un véritable personnage de roman.

Conférencier en Angleterre, il est présenté à sa future femme par le frère de celle-ci, qui faisait partie de ses étudiants. Lady Mary, c'est son nom, est la fille du comte de Stanford. Marié, le couple s'installe en France et loue un château dans la Loire. Mauny y fonde une école pour les adolescentes anglaises de classe supérieure souhaitant apprendre le français. Mais, accusé d’avoir fait des avances à ses élèves, Mauny est chassé par le propriétaire du château.

Après plusieurs déménagements, le couple se sépare et en 1912, Mauny se rend pour la première fois au Ceylan. En 1920, il s'installe à Colombo avec son fils et devient un paysagiste réputé. Commence alors une longue quête pour trouver un endroit où il pourrait créer son jardin d’Eden.

Taprobane, île aux trésors

En 1925, Mauny découvre l’île de Galduwa dans la baie de Weligama. À cette époque, l’îlot désertique utilisé comme dépotoir par la population locale était envahi de cobras. Pas de quoi décourager de Mauny qui l’achète pour 250 roupies et la rebaptise Taprobane (Ceylan en grec ancien).

Après avoir fait enlever les centaines de serpents, il y fit construire un manoir néo-palladien avec une vue à 360° sur la mer et sur la baie. La villa, les meubles et le jardin ont tous été conçus par Mauny qui voulait que son Eden soit un modèle d’harmonie et de perfection. L’autoproclamé comte s’installe dans sa propriété avec un jeune homme du village voisin qu’il présente comme son majordome.

La création du Français fait l’objet de nombreux articles dans les journaux et devient l’attraction de Weligama. Devenu célèbre, il passe le reste de sa vie à accueillir sur Taprobane de prestigieux invités, transportés sur l’île à dos d’éléphant. De Mauny meurt d’une crise cardiaque en 1941, et deux ans plus tard, Taprobane est vendue par son fils pour 1250 roupies.

Taprobane et ses prestigieux propriétaires

L’Eden imaginé par le comte a séduit de nombreuses personnalités, dont la plus célèbre est l’écrivain Paul Bowles. Insatiable voyageur, l’auteur de Un thé au Sahara a d’abord découvert l’île sur des photos que lui montra un aristocrate anglais. Complètement fasciné, il fait une expédition au Sri Lanka et parvient à racheter l’île deux ans plus tard à un planteur local de caoutchouc. L’écrivain raconta qu’acheter l’île fût la concrétisation de tous ses fantasmes et ses rêveries depuis l’enfance. Pour de multiples raisons, il dut s’en séparer quelques années plus tard et la céda à l’écrivain irlandais Shaun Mandy.

Le lieu changea encore de nombreuses fois de propriétaires avant d’être transformé en retraite de luxe par l’entrepreneur britannique Geoffrey Dobbs. Considéré comme un monument national par les Sri Lankais, de nombreuses voix s’élèvent pour que Taprobane soit rachetée par le gouvernement. Son histoire est loin d’être terminée...

photo principale : Vue aérienne de Trapobane © OT Sri Lanka

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