L’Internet par ballon

Connu pour sa nature généreuse, sa culture séculaire, ses sites archéologiques classés, ou encore sa population chaleureuse et accueillante, l’antique Ceylan l’est beaucoup moins pour ses innovations technologiques. Et pourtant, le Sri Lanka est l’un des pays plus innovants de la planète en matière de télécommunication. Dans quelques mois, il deviendra même le pays le mieux… connecté du monde ! Explications.

Le projet Loon

De la capitale tamoule Jaffna au nord, à la vieille ville coloniale de Galle au sud, en passant par les landes sauvages d’Horton Plains dans les montagnes du centre, les plages de rêve de Trincomalee à l’est, ou encore les stupas millénaires d’Anuradhapura à l'ouest, 100 % du territoire du Sri Lanka sera connecté d'ici le mois de mars 2016. Un véritable tour de force des autorités sri-lankaises qui viennent de conclure un accord historique avec Google lui autorisant le déploiement de son fameux projet Loon. Créé il y a un peu plus de deux ans au sein de Google X Lab (le laboratoire secret du géant du Web), Loon est un projet visant à développer l’accès à Internet dans les zones les plus reculées de la planète par le biais de ballons stratosphériques.
Après avoir mené avec succès plusieurs essais, notamment en Australie, au Brésil, ou encore en Nouvelle-Zélande, Google s’apprête à commercialiser pour la toute première fois au Sri Lanka cet incroyable système de distribution d’Internet. Le ministre des Affaires étrangères et des technologies numériques Mangala Samaraweera a annoncé qu’une offre d’accès à Internet en haut débit via le système Loon sera proposée à petit prix, sans donner toutefois plus de précisions. Un événement pour la population du Sri Lanka qui compte 22 millions d’habitants, dont seulement 2,8 millions disposent actuellement d’un accès à Internet mobile ou fixe.

 

Le Sri Lanka, particulièrement novateur en matière de télécommunication
Le Sri Lanka, particulièrement novateur en matière de télécommunication

Comme ça marche ?

Ce projet qui peut paraître un peu surréaliste repose sur des technologies extrêmement complexes. Google collabore notamment avec la NASA et le CNES (Centre national d’études spatiales) pour concevoir ses ballons, dont une bonne partie est d’ailleurs fabriquée en France à Toulouse. Pour la couverture du Sri Lanka, plusieurs milliers de ballons seront lancés progressivement entre 18 et 20 km d’altitude dans la stratosphère où ils ne gêneront donc pas les avions qui volent quant à eux dans la troposphère à moins de 10 km d’altitude.
Gonflés à l’hélium et alimentés par des panneaux solaires, les ballons sont munis d’une antenne et d’une liaison bidirectionnelle : le signal est envoyé vers les ballons depuis le sol via les infrastructures réseau des opérateurs de télécommunication traditionnels, puis il est relayé de ballon en ballon avant d’être renvoyé vers le sol où il peut être capté par des antennes ou des smartphones 4G LTE (Long-Term Evolution).
Outre la conception des ballons qui a nécessité 61 différents modèles avant de fonctionner, l’un des plus grands défis relevés par Google a été de réussir à maintenir des ballons en suspension dans l’air au-dessus d’une même zone pour pouvoir assurer un service continu. Les ballons étant en effet soumis à des vents stratosphériques pouvant atteindre plus de 150 km/h difficiles à prédire. Les ingénieurs ont donc finalement développé un algorithme capable d’anticiper plus ou moins la vitesse et la trajectoire des vents, mais surtout de coordonner les ballons de manière à ce qu'il y en ait toujours un dans telle ou telle zone. Avec cette chorégraphie de ballons d'une complexité inouïe, Google a fait taire les critiques de nombreux éminents scientifiques qui pensaient que la firme américaine ne parviendrait jamais à installer un réseau viable de cette manière.

 

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Un pari sri-lankais

Grâce à cette technologie qui coûte beaucoup moins cher à mettre en place que des satellites de communication traditionnels, les autorités sri-lankaises peuvent ainsi développer leur réseau à moindre coût et proposer des tarifs plus avantageux. Ce n’est pas la première fois que le Sri Lanka se fait remarquer dans le domaine de la télécommunication. Comme l’a souligné récemment le site 01.net, le pays fut le premier à introduire des téléphones mobiles en 1989, puis le premier à lancer la 3G en 2004, et enfin la 4G en 2013. Dans quelques mois, il devrait encore marquer l’histoire en étant le premier pays couvert à 100 % en haut débit. Une excellente nouvelle pour la population, mais aussi pour ceux qui envisagent un voyage au Sri Lanka. Ils pourront surfer partout, mieux et plus vite que chez eux !

© photo principale : Google © photos article : Jérôme Cartegini, Google